Les Merveilles

3488914oiklj La Vallée des Merveilles, La Valle delle Meraviglie en italien, fait partie du Parc National du Mercantour, situé dans le sud de la France. Les anglais utilisent le nom en français au lieu de le traduire.

La zone montagneuse a appartenu à l'Italie jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale,  d'où l'utilisation des deux langues quant à l’appellation du lieu. Lequel détient la plus grande quantité de pétroglyphes en pleine air de l’Age du Bronze en Europe, après Val Camonica en Italie. Une mention spéciale au Diplôme Européen des Espaces Protégés  fut attribuée à cette région. La vallée est située au sein des montagnes escarpées du massif de l'Argentera dans les Alpes-Maritimes, au nord de la Riviera italienne.

Edward Berry (le neveu de Clarence) et son épouse Margaret Berry en narrent le récit dans leur livre édité en 1931 "A la Porte Ouest de l'Italie" ...

« Entre le Mont Bego et le Monte Gran Capelet, deux géants des Alpes Maritimes, se trouvent des petits lacs recensés depuis l’année 1520 environ,  tel le Laghi des Merveilles.  Ce petit lac fut nommé ainsi d’après les gravures extraordinaires trouvées sur la plupart des rochers près de ces lacs, dont les figures représentées ne sont toujours pas expliquées de manière satisfaisante.

« La plupart des roches appartiennent à la formation Permotriassic, et la plus grande partie de ces roches sur lesquelles les gravures ont été exécutées présentent une surface lisse, plane, ou arrondie, polies par l'érosion de la période glaciaire du Quaternaire. Elles contiennent un peu de fer et les surfaces exposées à l'air sont devenues les agents, en conséquence de quoi elles ont acquis une patine mince de couleur  rouge-jaunâtre. Les gravures ont été faites à l’aide de coups répétés avec un outil pointu en pierre ou en métal,  mais les perforations sont si proches les unes des autres, que  la patine de couleur a quasiment disparu, découvrant  un roc foncé de teinte grise violacée. Cependant, la surface des gravures elles-mêmes, exposées durablement à l’air libre, est redevenue patinée. Ce n’est qu’en scrutant de très près, que l’on peut en constater l’état.

Edward Berry, Clarence Bicknell and Margaret Berry on the terrace of the Casa Fontanalba during a summer of archaeology, c.1910Image à gauche: Edward Berry, Clarence Bicknell et Margaret Berry sur le terrace à la Casa Fontanalba pendant une été d'archéologie, c.1910. Lire au sujet du travail de M et Mme Berry avec Clarence en cliquant ici.

« L'existence de ces figurines naturelles du roc devrait avoir été découverte en 1520, puisque c’est à cette période que le nom de Laghi delle Mereviglie fut accordé à ces lacs. Néanmoins, cette probabilité  n’avait pas attiré l'attention des scientifiques, ni des étudiants spécialistes de la préhistoire, jusqu'au jour où un botaniste anglais, du nom de Moggridge, résidant à Menton, attira l'attention sur l'intérêt particulier de ces dessins étranges dans un document qu'il lut lors du Congrès international d'archéologie de la préhistore qui se tint à Londres en 1868. Suivirent les recherches des Français Rivière, Clugnet, et Blanc, lesquelles aboutirent  à la découverte d’environ cinq cents figurines. En 1880, Molon fait référence aux gravures trouvées à proximité de la "Fontana Alba», mais Celesia, en 1885 et 1886, fut le premier à décrire les gravures du Val Fontanalba, dont il n’a constaté qu'un petit nombre.

« Ce n'est qu’en 1897 que Clarence Bicknell, sur le site de Bordighera, entreprit une étude systématique de certaines d’entre elles. Au moment de sa mort en 1918, il avait découvert et effectué des frottages à cire (utilisant le talon du pied) de 7428 chiffres à Val Fontanalba, 5139 dans le quartier des Merveilles, et 151 dans les vallées avoisinantes. Le tout dans un périmètre de deux kms autour de Monte Bego.

« Les gravures représentent une grande variété de sujets, quoique les bêtes  à cornes sont beaucoup plus nombreuses. La particularité des figurines du Monte Bego est celle d’une exécution d’une vue de dessus et non d’une vue de profil comme celles de Suède et d'ailleurs....  Le paysage grandiose  dans les deux vallées est impressionnant. L’homme semble n’être qu’un nain dans cette immensité d’espaces rocheux au-dessus de la ligne des arbres, où seules les touffes d'herbe et les fleurs alpines ballotées par les vents, apportent quelque vie à la monotonie des pierres éternelles.scan hi 27

« Bicknell a divisé les figurines en huit catégories : (1) Les chiffres cornes. (2) les charrues, (3) les armes, (4) les hommes, (5) des huttes et des propriétés, (6) les peaux, (7) les formes géométriques, et (8) diverses figures indéterminées. Il a été le premier à observer les dessins des charrues, des herses ou des traîneaux.

« En raison de sa position, Monte Bego est le centre d'orages fréquents, et est ainsi considéré par les paysans comme le siège d'un esprit maléfique qui dirigerait la météo. Blanc fut tellement impressionné par le sinistre de certains noms du district - Cima del Diavilo (Paek du diable), Val d'Enfer (Vallée de l'Enfer), Valmasca (vallée des sorcières) – qu’il suggéra que le choix des graveurs dans leur utilisation des chiffres, viendrait de la prophétie de quelque terrible divinité inconnue qui planerait sur le Mont Bego. Bicknell, Barocelli et Burkitt sont tous disposés à accepter cette théorie comme la plus probable.

« Malheureusement, les graveurs n'ont laissé aucune trace de leurs outils ni de leurs armes.  Et aucun lieu d'enfouissement n’a été retrouvé dans le district. Qui ils étaient et d'où ils venaient reste un problème non résolu. Chaque été, les troupeaux de vaches sont menés dans les plaines du Piémont, et les troupeaux de moutons et de chèvres de la Côte d'Azur dans les  pâturages de ces régions alpines. Il se peut que les ancêtres de ces vachers et de ces bergers, sont ceux-là mêmes qui exécutèrent les gravures dans les âges sombres et lointains de la préhistoire. »

Depuis l’époque des Berry, d'autres études ont été faites par Carlo Conti et le professeur Henry de Lumley.  Mais c’est l'énorme masse de travail accomplie par Clarence Bicknell qui demeure vivante  pour l'archéologue d’aujourd'hui.

Désormais, tout au long des étés, la Vallée des Merveilles est une destination appréciée des amateurs de marche en montagne. Les refuges sont pleins. Beaucoup d’efforts sont faits pour protéger les gravures de la curiosité de ces amateurs, du moins celles qui peuvent être trouvées facilement et regardées de près. En effet, les chercheurs et le personnel du parc national de Marcantour demeurent sur leur garde et surveillent du coin de l’oeil ces visiteurs. Prêts à se précipiter sur la roche pour mieux la protéger si nécessaire. Parce que, assurer la protection de ces œuvres et éviter tout acte de vandalisme (ou du moins le réduire), est un souci constant. C’est ainsi que le Musée des Merveilles à Tende fut ouvert à la fin des années 1990, pour donner à la vue des touristes,  l’étude qui refléterait au mieux le sentiment de la vallée. Offrir sur place au visiteur une collection satisfaisante, sans  avoir à se rendre dans les montagnes. Et ainsi réduire la dégradation - parfois involontaire- des gravures in situ.

Lentement les montagnes abandonnent leurs mystères.

Marcus Bicknell April 2013 et Edward Berry 1931
Traduction M. Brigitte Berger, Licenciée es Lettres, M.A. Paris, mars 2014