L'Eglise

CLARENCE BICKNELL - UN AUMONIER ANGLAIS ET SON MUSEE

Extrait (en partie) de "L'Echelle Du Paradis" de Christopher Chippindale, 1998, avec son autorisation
Traduction de la partie supplémentaire par M. Brigitte Berger, Licenciée es Lettres, M.A. Paris, mars 2014

Clarence in the 1870s as a chaplain, Bicknell collectionComme de nombreux cadets des familles aisées du 19è siècle, Clarence Bicknell entra dans les ordres. Il était d'ailleurs pénétré d'une sincère et réelle dévotion. A l'université de Cambridge, il fut très influencé par un cénacle de jeunes pratiquants enthousiastes.Peu de temps après avoir obtenu son diplôme en 1865, à 23 ans, il entra dans les ordres de l'Eglise Anglicane, renonçant aux mathématiques et à l'Eglise Unitarienne de son père et de son grand-père. Il fut, pendant quelques années, curé à Walworth, paroisse difficile des quartiers pauvres du sud de Londres, favorable à l'ordre de St-Augustin. C'était une communauté exaltée et ritualiste au sein de l'Eglise Anglicane qui entretenait un lien mystérieux avec Rome. Bicknell menait une vie simple, se dévouant et se dépensant, lui et une bonne partie de ses revenus, pour les plus démunis. Cette simplicité, cette générosité et ce désir de rendre service l'accompagnèrent toute sa vie durant. Il quitta Walworth pour rejoindre des amis de Cambridge dans la Confrérie du Saint Esprit au village de Stoke by Terne dans le Shrospshire. Là, il vécut dans une communauté rattachée à la High Church - branche de l'Eglise Anglicane vouée à la prédication qui se rapproche du catholicisme romain en matière de dogme et de rituel.

Après plus de dix ans de vie religieuse, le doute s'insinua gravement dans son esprit et il décida d'utiliser son héritage pour découvrir le monde. Dans les dernières années 1870, il visita de nombreux pays dont Ceylan, la Nouvelle Zélande, le Maroc et Majorque. Fortuitement ou non, la Confrérie du Saint Esprit ferma ses portes en 1879.

Clarence in Bordighera
 Après plus de dix ans de vie religieuse, le doute s'insinua gravement dans son esprit et il décida d'utiliser son héritage pour découvrir le monde. Dans les dernières années 1870, il visita de nombreux pays dont Ceylan, la Nouvelle Zélande, le Maroc et Majorque. Fortuitement ou non, la Confrérie du Saint Esprit ferma ses portes en 1879.

A l'invitation de la Famille Fanshawe,  Bicknell vint à Bordighera en 1878 en qualité d’aumônier de l'Eglise Anglicane. Il consigna dans son journal les tâches qu'il accomplissait dans l'église ainsi que le nom des collègues qui le secondaient pour ses prêches.  Cependant,  ses doutes religieux prenaient de l’ampleur.  Pour lui, l' Eglise devenait   trop ritualiste, trop dogmatique, trop chauvine. Et c’est au cours de cette même année, qu’il donna sa démission. Il n'eut plus alors de participation active dans l'église et demanda qu'on cesse de l'appeler  "Révérend".  Et il refusa de porter le col.

Plus tard il écrivit à une amie : « Je crains d'être devenu très critique envers l'Eglise, convaincu que les Eglises font plus de mal que de bien et freinent le progrès humain ; je considère le pape, le clergé et les doctrines religieuses comme autant de supercheries,  même si celles-ci ne sont pas intentionnelles ». Des tâches d’ordre pratique, telle la construction d'un foyer pour personnes âgées, lui convenaient mieux. Il pensait que d'autres sortes de communautés, comme la fraternité des Espérantistes, étaient plus à même d'exprimer ses idéaux.

L'idéalisme de Bicknell s'exprima donc autrement. Déçu par l'Eglise, Clarence était sous le charme de Bordighera ; il acheta rapidement la Villa Rosa de Mme Fanshawe Walker et y demeura jusqu'à la fin de sa vie. Bordighera avait une histoire - moindre cependant que celle de sa voisine Vintimille -, mais il n'existait pas de lieu qui rassemblât les éléments de cette histoire et ouvrît à la vie culturelle. Alors Bicknell en créa un : le "Musée Bicknell".

Il fut inauguré en 1888. Son architecte ne nous est pas connu. C'est une construction de briques avec loggia voûtée en berceau qui rappelle les églises romanes. Sa pièce principale est conçue comme  une vaste chambre centrale avec, à l'une de ses extrémités, une estrade  et une imposante cheminée le long de chaque mur. Ces cheminées sont décorées de dessins à motifs floraux, dans le style propre à Bicknell et qu'il utilisera à la perfection à la Casa Fontanalba. Remanié, le musée joue toujours son rôle originel. Il fut le théâtre d'un mémorable colloque-anniversaire en 1988, où l'on put écouter musique et conférences.Esperanto convention at Clarence's museum

La plante grimpante fleurit avec une telle exubérance le long de la loggia que l'on craint que le bâtiment ne s'écroule sous le poids !  De splendides arbres, si vieux que l'on pourrait penser que Bicknell lui-même les a plantés, gardent l'entrée, leurs grosses racines emmêlées recouvrant la partie métallique de la clôture. Que son petit musée résiste au temps et que sa structure soit envahie par la végétation est tout à fait conforme à l'esprit de Bicknell.

Clarence continua son travail de pasteur à Bordighera et ses environs. Il venait en aide aux pauvres, mais peu est écrit sur les aspects concrets de ce travail. Il était un pacifiste. Et lorsqu’il trouva la guerre mondiale à sa porte (quand l'armée italienne se retrancha dans les Alpes juste au-dessus de sa maison à Casterino et qu’il alla de temps en temps leur rendre visite), il eut du mal à la justifier. Dans les années qui précédèrent la guerre de 14-18, il  jeta  sur le papier, en espéranto,  les heures où  il avait quitté après ses occupations semi professionnel,  qu'il considérait comme une force pour le bien et la paix dans le monde.
 
En 1914, lorsque  la Première Guerre mondiale éclate, Clarence était au Congrès des espérantistes à Paris pour encadrer un groupe  de ses membres,  aveugles, qu'il raccompagna en toute sécurité dans leurs foyers en Italie.

Clarence Bicknell  n’a peut-être pas rendu hommage à une religion établie, mais son cœur était à la bonne place.