L'écriture

CLARENCE BICKNELL – SES ECRITS

Front cover of his book on floraClarence Bicknell s’exprime par le biais de plusieurs disciplines. La botanique dans sa manière de recueillir les espèces et l’archéologie par ses recherches multiples. Ses  croyances (le Christianisme, l'espéranto et l’idée du pacifisme - dans cet ordre), la fréquentation de ses amis ( le livre des visiteurs à la Casa Fontanalba et ses activités à Bordighera en témoignent) et l’écriture.

On retrouve une grande partie de son travail dans ses écrits. Il semble que l’écriture est le support de sa recherche.  Elle reflète les éléments d'une collection ou les détails d'une gravure de roche, ou bien décrit le déroulement d’une journée de croisière sur le Nil ou encore les merveilles d’une trouvaille botanique. Cependant, l'écriture chez Clarence semble trouver sa source dans le cadre d’une méthode appliquée avec rigueur - en effet, il est diplômé des sciences en mathématiques - et non le  fait    d’une âme romantique. Ses écrits publiés sous forme de livres reliés, sont, pour le plupart, des listes. Cependant, si Clarence a laissé des poèmes dans la langue espéranto, ses réflexions personnelles, pensées profondes ou simples commentaires, sont rares.

Son enfance eut une grande influence sur Clarence. Son père, Elhanan Bicknell,  protecteur de Turner, Landseer et Roberts, recevait à son domicile à Londres tous ces grands artistes. Cependant, il n’approcha jamais les écrivains de fiction dont l’importance des œuvres faisaient fureur dans le Londres du milieu du 19ème siècle. Phiz, son cousin, était traducteur de Charles Dickens. Son frère Herman se rendit célèbre en qualité d’historien et de traducteur. Son autre frère, Sydney, fut l’ami de Irving, Thackeray, Trollope, Dickens et bien d’autres écrivains.

Nous ne savons pas si Clarence a écrit lorsqu’il était étudiant à l’Université de Cambridge, ni durant ses années de prêtrise en Angleterre. Mais à l’âge de trente-six ans, il s'installe sur la riviera italienne, à Bordighera. Là, il passa à l’écriture, en plus de son activité d’herboriste et d’illustrateur. En 1884, Clarence avait réalisé plus d'un millier de dessins botaniques. Et quelques années plus tard, il décida que ces dessins, qu’il avait annotés avec précision, formaient une œuvre  assez complète  pour les faire publier. Et c’est ainsi qu’en 1885, les  premières fleurs de Clarence, « Fougères de la Côte d'Azur et des Montagnes Avoisinantes » trouvèrent leur public.

 Il alla visiter la Vallée des Merveilles dans les Alpes Maritimes (parc de Mercantour), alors qu’il était déjà très occupé à Bordighera. C’est là qu’en 1888, le Museo Bicknell fut inauguré. Mais néanmoins, il continua à voyager pour le simple plaisir.  

Diary of a trip up the NileLa collection de la famille Bicknell contient les journaux intimes de ses mini Grands Tours comme sa croisière sur le Nil de décembre 1889 à janvier 1890. Celui-ci décrivit les voyageurs qu’il croisait sur le bateau (il les nomma par les lettres de l’alphabet a, b, c, et non par leur patronyme respectif - habitude assez ingrate pour le biographe…), le programme de la journée, et bien sûr, la visite des sites importants. Le texte est délicieusement accompagné d'une multitude de petites aquarelles, lequel texte forme un cadre à chaque peinture. Il semble évident qu'il a effectué ses esquisses au cours de la journée, puis plus tard dans la soirée s’est appliqué à écrire le texte tout  autour d'elles. Les images ne sont pas celles du temple d'Abou Simbel, ni les pyramides de Gaza, mais elles représentent d'autres aspects du fleuve Nil, lequel a embrasé son imagination ... Je classerais ces articles comme faisant partie du registre  des «collections». Non content de dessiner un bateau de pêcheur du Nil, il dessina vingt-six sketches du même bateau. Son thème des moutons comporte des douzaines. En effet, à chaque sujet, il  en développe la forme et les angles afin de mieux comprendre  leur fonction et leur mécanisme. Le côté du détail très méticuleux que l’on retrouve dans chacun de ses sujets de prédilection est la signature de Clarence, aussi bien en botanique qu’en archéologie.

Vers la fin des années 80 jusqu’au début des années 90, l’étude des plantes qui florissaient dans son environnement immédiat le passionna. Ses carnets d'excursion a Bordighera de 1893 l’attestent. Ce sont de nombreuses listes d'espèces de fleurs ainsi qu’un répertoire nommé «Flore de Bordighera et San Remo », écrits à la main mais sans illustration, et publiés en 1896.

Dès 1885, Clarence avait fait sa deuxième visite à la Vallée des Merveilles, et produit environ cinquante copies frottées des gravures rupestres. Cette date indique le moment où Clarence fut intrigué par la découverte de marques mystérieuses sur le rocher. En 1897, Clarence effectue sa troisième visite et, cette fois, fit un nombre suffisant de copies frottées sur la roche pour être en mesure d’en rendre compte à la Société des Antiquaires de Londres (articles publiés au fur et à mesure de l’avancement de ses travaux ) et de lire un papier à la Societa Ligustica à Gênes. Mais ce fut seulement en l’année 1902 qu'il se sentit a même de passer plusieurs mois dans les hautes montagnes. Depuis la fin de l’été à novembre 1902, ses recherches le conduisirent à écrire un premier rapport complet sur les gravures rupestres qui fut publié sous le titre « Guide pour les gravures préhistoriques sur roc dans les Alpes Maritimes ». Il est difficile aujourd’hui d’imaginer comment réaliser en aussi peu de temps la publication d’un livre imprimé, même avec l’aide de nos appareils électroniques. Clarence a poursuivi son travail sur les gravures rupestres pendant encore une décennie. La dernière publication de cet ouvrage eut lieu en 1913.

Varuious editions of book on the rock engravingsEn 1897, Clarence avait rejoint le mouvement espérantiste et avait commencé à écrire des poèmes, de même  à  traduire des hymnes de l'église anglicane  dans cette langue universelle. Certains de ces travaux ne sont pas datés, mais il est évident que l’espéranto tint une place importante parmi ses multiples activités. Dans les années qui ont précédé sa mort, il a conçu des textes en Braille espéranto destinés aux aveugles.

En conclusion, Clarence n'était pas un grand écrivain. Mais il fut un témoin de son époque, très prolifique, utilisant l’écriture comme moyen d'enregistrer une œuvre pour la postérité. Produit de ses passions, de ses voyages, et de ses collections.

Marcus Bicknell, avril 2013
Traduction M. Brigitte Berger, Licenciée es Lettres, M.A. Paris, mars 2014